Faut-il parler de tous ses fantasmes à son/sa partenaire ?

La réponse de Catherine Jamotte, notre sexologue : ☀

« Voici bien une question qui revient régulièrement lors des consultations en sexologie. Doit-on parler de ses fantasmes à son ou sa partenaire ?

 

Je trouve cette question tout à fait pertinente. A priori, c’est à chacun ou chacune de décider de le ou les dévoiler. Soit pour assouvir un fantasme avec le consentement de l’autre, soit par volonté de transparence totale dans le couple. Mais la transparence absolue est-elle, in fine, une si bonne chose ? C’est une réflexion subjective de ma part, je l’avoue. N’avons-nous pas le droit à un petit jardin secret… ?

 

Petite précision, le fantasme — parfois orthographié phantasme — est une manifestation, consciente ou inconsciente, d’un désir. C’est un concept majeur de la psychanalyse.

Il peut donc nous inviter à l’imagination, à stimuler notre propre désir. Il nous invite à devenir le réalisateur de son propre film imaginaire.

 

J’ouvre des portes sans en dévoiler obligatoirement les clés à mon partenaire. Prenons, par exemple, une image excitante. Elle ne le sera peut-être pas pour l’autre. Pire elle pourrait susciter frustration, jalousie. Imaginons, le mari qui aime les femmes rondes avec une poitrine opulente, sa partenaire est physiquement tout le contraire, clash assuré !

 

Il y a fantasme et fantasme. Exemple : l’envie de faire l’amour sur la plage. Il n’y a pas de raison de ne pas partager cette envie avec l’autre. L’envie de faire une expérience insolite, une autre pratique, ça se discute sans problème. Mais si l’image d’un corps, d’une scène de cinéma ou d’un livre nourrit un de vos fantasmes, vous n’êtes pas obligé de tout partager au risque de briser la magie, l’imaginaire, le désir, la créativité.

 

Le fantasme, un stimulant, un booster de désir.

 

En sexologie, l’imaginaire, le fantasme, peuvent stimuler le désir, aider à surmonter les dysfonctions érectiles. Les partenaires, ne seront peut-être pas emballés de savoir que l’un ou l’autre pense à un acteur pour maintenir son excitation… Et cela vaut quel que soit le couple que vous formez : hétéro, homo, bi, poly amoureux ! Il n’y a aucune case.

Comme toujours, chacun et chacune est libre de faire, de dire ce qu’il ou elle a envie. Le consentement reste incontournable. Mais tout dévoiler…

 

Entretenir son jardin secret, sa part de mystère.

 

Le jardin secret… : « Univers profond de l’être où s’épanouissent les sentiments, les passions et les rêves intimes tenus cachés »

 

Ce jardin est un refuge et ne pas tout dire ne signifie pas que vous mentez. C’est une part de vous-même que vous gardez afin de préserver votre individualité et c’est tout à fait sain de le faire. Ça permet aussi de protéger ce qui est fragile en vous et de garder une part de mystère. Et le mystère nourrit le désir, c’est une arme de séduction.

 

Je le répète, être en couple ne signifie pas former une seule et unique personne ! Garder sa personnalité et ses pensées intimes n’est pas synonyme de trahison ni de déloyauté. Chaque individu se nourrit de ce qu’il est, de ce qu’il a vécu dans son passé, de ce qu’il ressent. Toutes ces pensées et émotions sont jalousement conservées dans un petit recoin du cerveau et constituent, en quelque sorte, notre essence, notre personnalité, notre spécificité. Il n’est pas nécessaire de tout se dire au sein d’un couple à partir du moment où l’honnêteté et la sincérité prédominent.

Dans tous les cas, la communication est primordiale au sein d’une relation amoureuse. À partir du moment où quelque chose dérange l’autre ou l’interroge, il faut en parler.

 

Je reprendrais volontiers cette citation de Henning Mankell, écrivain suédois, connu pour son personnage de roman le détective Kurt Vallander : « On ne peut pas tout partager, il faut s’aménager un jardin secret. En avançant dans la vie, on acquiert cette sagesse fondamentale qui vous indique les rêves qui sont à partager et ceux qui sont à garder secrets. » »

 

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