Le porno, quesaco ? 

feu arcan 11

©Adrienne Mahiels- 23/04/2022

Au fond, le porno, c’est quoi exactement ? Quelles en sont les origines ? Comment est-il perçu dans la société ? Arcan 11 tente de répondre à toutes ces questions…

 

Ce dossier est volontairement découpé en plusieurs parties et sera complété au fur et à mesure. Venez donc y jetez un oeil régulièrement !

Le porno, qu’est-ce que c’est ?

Le mot « pornographie » vient du grec ancien pornográphos, dérivé de pórnê (prostituée) et de gráphô (peindre, écrire, décrire).

 

Petite définition de notre ami Wikipédia :

« La pornographie est la représentation complaisante — à caractère sexuel — de sujets, de détails obscènes, dans une œuvre artistique, littéraire ou cinématographique », cette représentation explicite d’actes sexuels finalisés ayant pour but de susciter de l’excitation sexuelle. »

Il ne faut pas confondre les deux termes même si les différences sont plutôt arbitraires tant la frontière entre les deux est parfois fine et l’opinion d’une personne à une autre varie. Voici cependant quelques différences :

 

L’érotisme : la sexualité est traitée de manière noble autour du plaisir et du désir, sous forme de suggestion. L’art et la beauté sont recherchés. L’érotisme favorise l’imaginaire et éveille le désir.

 

La pornographie : la sexualité est traitée de manière plus crue et brutale, sous forme d’exhibition. L’acte sexuel est utilisé de manière industrielle, comme marchandise destinée à l’excitation. La pornographie présente le sexe de manière explicite et pousse à la jouissance immédiate.

 

érotisme femme nue

La pornographie existe depuis la nuit des temps et seule la représentation que l’on s’en fait évolue selon la société, les époques et les mœurs. Une scène classée immorale il y a plusieurs centaines d’années pourrait simplement être définie comme suggestive aujourd’hui. Il est donc parfois difficile de faire la différence entre pornographie, érotisme et représentation réaliste de la sexualité.

 

Chez les romains, les grecs et les perses, les scènes de sexe étaient sculptées, peintes et présentées aux yeux de tous sans aucun complexe. Elles représentaient aussi bien des rapports « classiques », des fantasmes et des interdits. D’ailleurs, il était normal que des jeunes fassent leurs premières expériences dans des lupanars1. Cette pratique était d’utilité publique car on pensait que grâce à un accès à la sexualité facile, les agressions sexuelles par les jeunes seraient moindres.

 

scène porno romain

La pose du «cheval érotique», fresque du lupanar de Pompéi. | Wikimedia Commons

 

A la même époque, en Chine et en Inde, la sexualité était considérée comme sacrée. Les scènes de sexe étaient représentées de manière très libre et détaillée, aussi bien dans la littérature que sur les façades des temples.

 

Au Moyen Âge, en Occident, la religion s’immisce progressivement dans la vie des individus et la sexualité est de plus en plus réglementée. Le plaisir devient coupable et parler de sexe est tabou. Bien que l’accusation d’obscénité vise principalement les comportements des fidèles, les images et les écrits à caractère sexuel sont victimes de ce puritanisme et s’échangent donc en secret.

 

La Renaissance marque le début de la littérature libertine (« libertin » du latin libertus signifiant affranchi. Ce mot désigne celui qui est affranchi de toute doctrine religieuse, libre de penser.) Au XVIIIe siècle, le Marquis de Sade ajoute une idée de transgression morale et ses écrits incarnent une sexualité sadique, noire et cruelle (allant parfois jusqu’au meurtre…). C’est aussi à cette époque qu’apparait le terme « pornographie », désignant d’abord les études concernant la prostitution. Au XIXe siècle, le climat de puritanisme se généralise. La censure frappe aussi bien les œuvres d’art que les recueils de poèmes et les représentations sexuelles suscitent le scandale.

 

marquis de sade livre

La légende maudite du marquis de Sade | RetroNews

 

Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la littérature pornographique soit reconnue publiquement, allant même jusqu’à avoir une certaine notoriété mais sans pour autant être acceptée. Les débuts de la photographie et du cinéma donnent, quant à eux, une autre dimension en proposant des images pornographiques réalistes, prises sur le vif.

 

Dans les années 60, les pays scandinaves sont les premiers à diffuser publiquement les premiers films érotico-pornographiques sous couvert d’éducation sexuelle. Quelques années plus tard, d’autres pays leur emboitent le pas et, sous l’impulsion d’un vent de liberté, les films pornographiques sont autorisés dans les salles de cinéma. Certaines restrictions sont tout de même mises en place notamment celles concernant l’interdiction de diffusion aux mineurs d’âge. En France, le « classement X » est créé, multipliant les contraintes de production et de diffusion. Dans les années 90, suite à l’apparition de la cassette vidéo, les cinémas spécialisés dans le porno ferment leurs portes au profit d’une consommation à domicile et les études sur les effets sociologiques et psychologiques de la pornographie commencent à apparaître.

 

affiche film gorge profonde

Affiche du film « Gorge profonde », 1972

 

Suite à l’avènement d’internet, la pornographie (images, récits, films) est facilement et quasi librement accessible à tous. Le X est désormais une industrie florissante, rapportant énormément d’argent.

D’abord objet de consommation privée, la pornographie tente à s’insinuer dans les publicités, clips musicaux, films et séries afin d’attirer le public en lui proposant de l’excitation et des sensations agréables. Le sexe fait vendre ! Problème : cela renvoie une image faussée de la sexualité avec des pratiques extrêmes de plus en plus banalisées et un culte de la performance exacerbé. La problématique est que, pour certains, il devient compliqué de différencier virtuel et réel, sexualité et pornographie.

 

1 Mot employé par les romains pour désigner la maisons closes.

S’insinuant de plus en plus dans le paysage visuel, principalement grâce à internet, beaucoup commencent à envisager le porno comme une industrie culturelle à part entière.

 

Un phénomène nouveau ? Pas du tout. Dans les années 70, le film « gorge profonde », pourtant sous la menace d’une interdiction de visionnage, met la pornographie sous le feu des projecteurs. Tout le monde veut et va voir cette réalisation, devenant un véritable phénomène culturel. L’actrice, Linda Lovelace, symbolise l’icône de la liberté sexuelle et le film, recevant le terme de « porn chic », devient le plus vu au monde. S’en suit « l’âge d’or » du porno », ce dernier devenant un « genre » à part entière. A Hollywood, les scènes de sexe font leur apparition de manière très explicite dans les films « classiques ».

 

Linda Lovelace

 

Dans les années 80, la pornographie est attaquée par les conservateurs et les cinémas spécialisés sont fermés. Cependant, quelques années plus tard, les cassettes vidéo font leurs apparitions et le porno devient un business juteux, lançant les prémices de l’industrialisation de la pornographie.

 

Les années passant, les acteurs ne se cachent plus, certains deviennent « people », de plus en plus d’articles, de sujets, de livres et de projets artistiques et musicaux leur sont consacrés. L’ancienne actrice porno Stoya, pour ne citer qu’elle, a été élue « plus belle fille de New York » en 2013 par le magazine américain The Village Voice et est apparue dans des clips musicaux. Grâce aux plateformes amateurs, les personnes lambda côtoient les professionnels et peuvent eux-mêmes devenir célèbres. Les consommateurs, eux, ne sont plus passifs et peuvent participer à la création du contenu en commentant, partageant, likant les films et photos. Alors qu’à partir des années 80, visionner et apprécier du porno était mal vu, la tendance tend à s’inverser et la consommation de ce genre de contenu devient anodin, banalisé.

 

Stoya,The Village Voice, 2013 

La pornographie devient un star-system avec ses codes et ses modes, variant selon l’époque et influençant de manière plus ou moins importante la culture populaire. L’épilation intégrale du maillot, par exemple, a été adoptée par le porno et s’est ensuite diffusée via les séries et les médias féminins.

 

Le porno actuel devient une forme culturelle qui, bien que relevant de la fiction, transgresse de plus en plus les règles et les conventions de la société, principalement du côté amateur ou via le porno féministe. Selon Laura Kipsnis, critique culturelle, essayiste et professeure américaine, « la pornographie commence là où s’arrêtent les convenances et la bienséance (…) c’est un espace de transgression où se déploie une contre-esthétique qui vient s’opposer aux normes corporelles et sexuelles dominantes » En effet, toutes les ethnies, les types de corps et les comportements sexuels sont représentés, qu’ils soient noirs, blancs, vieux, gros, homo, bi, etc. Cependant, les normes esthétiques et sexuelles sont encore dominantes dans le porno professionnel, prônant l’image du corps standardisé et parfait ainsi que le conformisme sexuel.

 

Des études et recherches se penchent de plus en plus sur le sujet. C’est notamment le cas du livre « Cultures pornographiques – Anthologie des porn studies », créé par un collectif d’universitaires, qui étudie la culture pornographique avec son contexte historique de production, de diffusion, de consommation et de régulation.

 

Cultures pornographiques – Anthologie des porn studies

 

D’un point de vue artistique, les représentations d’actes sexuels sont légion et ce depuis la nuit des temps. Prenons l’exemple des bas-reliefs égyptiens représentant le dieu Amon-Min en érection ou encore celui des sculptures et peintures des temples indiens. Parlons également des œuvres profanes représentant le corps d’une manière plus ou moins idéalisée et excitante telle que l’Olympia d’Edouard Manet, peinture ayant fait scandale à l’époque, par exemple.

 

Parle-t-on d’érotisme ou de pornographie ? Selon Jacques Rancière, philosophe français, « la pornographie est comme l’envers ou le revers de cette curieuse discipline qui se nomma esthétique. »

 

Pouvons-nous donc dire que le porno, au contraire de l’érotisme, est, selon les époques, une forme d’art non considérée par la population et par les intellectuels ? Ne pourrions-nous pas dire que la différence entre érotisme et pornographie se situe dans les yeux du spectateur tant la frontière entre les deux est parfois mince ?

Selon les féminismes « traditionnelles », la pornographie classique représente les femmes en tant qu’objet, en position de soumission dans les rapports de pouvoir. Cette conception est appuyée par le fait que le contenu porno était, à l’époque, uniquement créé par les hommes, pour les hommes, de la manière dont ils concevaient le plaisir et la sexualité, avec des rôles sexuels stéréotypés assignés aux hommes et aux femmes. La femme était représentée comme n’ayant pas de désir propre, ayant juste comme rôle de procurer du plaisir.

 

Plusieurs années après le succès de « gorge profonde », l’actrice Linda Lovelace écrit un livre intitulé « le supplice ». Elle y décrit les conditions de tournage dont elle a fait l’objet, étant obligée par son ex de tourner de nombreuses scènes. Au départ lynchée, Linda est ensuite soutenue par des féministes anti porno, celles-ci s’opposant à la pornographie qui prône la violence faite aux femmes dans la sexualité.

 

feministes anti porno

feministoclic.olf

 

A la même époque, le mouvement féministe « sex positive » fait son apparition, porté par plusieurs actrices refusant d’être considérées comme victime. Pour elles, le porno est une manière d’offrir du plaisir dans le monde. Elles ont une approche positive du sexe, refusant de considérer la pornographie uniquement comme de l’exploitation sexuelle mais comme un espace pour explorer sa sexualité en liberté. Suite à ce mouvement, l’actrice Candida Royalle lance la première maison de production féminine : Femme Films (ou Femme Productions). Ses films explorent et célèbrent le corps et le plaisir des femmes. Femme Films est une alternative éthique et féministe au porno traditionnel.

 

femme production

 

De nos jours, par le biais du numérique et toujours sous l’impulsion des féministes pro-sexe, la pornographie se conjugue de plus en plus au féminin. Loin du sexisme de la pornographie classique, les femmes créent et produisent le contenu et, par extension, contrôle le regard masculin.  Dans cette nouvelle aire du porno, les réalisatrices et actrices deviennent actives et maitresses de leur corps, de leur image, de leurs prestations, de leurs envies. Les rapports de genre et de pouvoir sont remis en question, il n’y a plus de désirs qui seraient, par essence ou par nature, masculins ou féminins.

Selon l’étude du site medium, l’industrie du porno pesait 97 milliards de dollars en 2019 et cela ne cesse d’augmenter.

 

Comme chaque année, PornHub dévoile son récapitulatif annuel des grandes tendances.

Voici quelques chiffres de 2021 :

 

  • La durée moyenne des visites du site est de 9 minutes 55 secondes.
  • « Hentai » se place en première position des recherches effectuées. En 2020, nous retrouvions « quarantaine » et en 2019… « Alien ».
  • « Teacher » a augmenté de 14 places car un professeur de mathématiques à Taïwan a mis en ligne sur Pornhub ses tutoriels de calcul… ! Il est à préciser que certaines personnes postent des vidéos sur ce site non pas suite à leur caractère sexuel mais parce qu’elles seraient censurées sur d’autres plateformes.
  • Les recherches contenant le terme « comment faire » ont augmenté de 244% et 200 000 vidéos sur le site sont des vidéos tuto. Selon le Dr Stacy Friedman, coach sexuel et docteur en sexualité humaine : « L’augmentation des recherches de « comment faire », montre que les gens se sentent enfin plus à l’aise pour chercher comment améliorer leur vie sexuelle. Les gens veulent savoir comment profiter davantage de leur sexualité. »
  • Le personnage le plus recherché est Harley Quinn suivi de Wonder Woman puis Harry Potter.
  • 35% des utilisateurs sont… des utilisatrices (croissance de +5% par rapport à 2020).
  • Selon une étude de l’Université de Denver, 32% des femmes regardent du porno seule et 45% avec leur partenaire.
  • 37% du porno gay masculin est regardé par des femmes.

 

L’âge moyen d’un visiteur de Pornhub en 2021 est de 37ans mais une étude française2 révèle que 62% des jeunes français ont déjà vu des images pornographiques avant 15 ans, dont 11% avant 11 ans. Une étude de Fondapol déclare que 5% des 14-24 ans regardent du porno plusieurs fois par jour et 92% des jeunes sondés considèrent qu’il est facile d’accéder à du contenu pornographique.

 

2 Enquête OpinionWay pour « 20 Minutes », avril 2018

Vous êtes-vous déjà demandé comment se déroule un film X ? Les infos étonnantes ou amusantes et d’autres qui le sont beaucoup moins ? Voici une liste non-exhaustive sur l’envers du décor.

 

🔥 En moyenne, les femmes commencent leur carrière vers 22ans et les hommes vers 24ans.

 

🔥 La durée d’une carrière dans le X est en moyenne de 3-4ans.

 

🔥 Actuellement, le genre de femme le plus représenté a les cheveux bruns et un bonnet B.

 

🔥 Les motifs principaux d’une carrière dans le X (en vrac) : besoin d’attention/d’amour, découvrir des nouvelles sensations, tremplin pour le cinéma, gain d’argent.

 

🔥 Au Japon, les acteurs sont en voie de disparition3 (environs 70 hommes pour 10.000 femmes).

 

🔥 Les relaxants (pour les femmes) et les stimulants (pour les hommes) sont monnaie courante.

 

🔥 Une scène de 30min peut prendre entre 5 et 12h de tournage.

 

🔥 Le préservatif n’est malheureusement pas toujours utilisé. La justification : « le latex est incompatible avec la longue durée des scènes et il irriterait trop les filles. ». Cependant, il est à préciser que des contrôles MST sont effectués avant chaque scène, du moins dans le milieu pro.

 

🔥 La production d’un film X professionnel de bonne qualité est d’environ 100 000€.

 

🔥 Le salaire d’une actrice dépend de la prestation demandée mais aussi de sa réputation et du type de film (amateur ou pro). Par scène, une débutante gagne environ 300€ et une actrice confirmée entre 700€ et 2500€.

 

🔥 Les hommes gagnent moitié moins que les femmes.

 

🔥 Le fluffer a pour rôle de « préparer » les acteurs avant une scène. Ce métier était surtout exercé dans les années 70 et n’existe presque plus aujourd’hui.

 

🔥 L’analbleaching consiste à éclaircir chimiquement la zone anale pour qu’elle paraisse plus lumineuse face caméra. Les acteurs et actrices se font également maquiller et/ou tatouer les zones intimes pour cacher les défauts.

 

Vous en savez maintenant un peu plus sur le domaine du X !

 

3 Plus d’infos étonnantes sur l’amour au Japon : Enquête Exclusive – Japon, le sexe et l’amour en crise, 16 Octobre 2016

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porno arcan 11

https://www.filsantejeunes.com/histoire-de-la-pornographie-12430

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pornographie

https://www.lapipesanstabac.com/histoire-porno-francais/

https://www.laculturegenerale.com/pornographie-erotisme-difference/

https://www.opnminded.com/2016/07/19/pornographie-et-erotisme-quelles-differences.html

https://manifesto-21.com/pourquoi-porno-industrie-culturelle/

http://www.zones-subversives.com/2015/09/reflexions-sur-la-culture-porno.html

Florian Vörös (dir.), Cultures pornographiques. Anthologie des Porn studies

https://www.universalis.fr/encyclopedie/erotisme/1-l-erotisme-dans-l-art/

http://www.femmesprevoyantes.be/wp-content/uploads/2017/01/Analyse2014-porno.pdf

Retour aux sources : Gorge profonde. Quand le porno est sorti du ghetto, 19/02/2022

www.pornhub.com/insights/yir-2021

https://jonmillward.com/blog/studies/deep-inside-a-study-of-10000-porn-stars/https://www.telepro.be/loisirs/acteur-porno-au-japon-une-espece-en-voie-de-disparition.htmlhttps://addict-porno.fr/pornohttps://www.marieclaire.fr/,j-ai-ete-habilleuse-sur-un-film-x,20256,695.asphttps://www.programme-tv.net/news/tv/60971-salaires-statistiques-ce-que-vous-ignorez-sur-l-industrie-du-porno-10-photos/

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